Les conséquences économiques du réchauffement climatique en Europe

La prochaine conférence sur le climat de Copenhague constituera un des rendez-vous les plus importants pour les dirigeants de la planète en 2009. À mesure que s’accumulent les preuves scientifiques que le réchauffement de la planète est dû aux activités humaines, on commence à se demander quel sera précisément l’impact de ce réchauffement et comment nous allons faire pour y parer. Le projet PESETA (Projection of Economic impacts of climate change in Sectors of the European union based on boTtom-up Analysis) lancé par la Commission européenne est une enquête ambitieuse qui tente de quantifier les conséquences du réchauffement climatique pour l’Union européenne. Ses résultats ont été publiés le 25 novembre.

Agriculture

Un changement du climat aura une influence sur le secteur de l’agriculture. La conclusion assez surprenante est que le réchauffement de la planète ferait plutôt augmenter la production totale, de 15 % en 2020. Les conditions pour la pratique de l'agriculture s'amélioreraient considérablement, surtout dans le nord de l'Europe et en Grande-Bretagne. Une baisse limitée dans le sud de l’Europe, due essentiellement à l’augmentation de la sécheresse, ne contrebalancerait pas cette évolution. Selon le rapport, la production agricole totale dans l’Union européenne ne baisserait qu’avec un scénario prévoyant un réchauffement de 5,4 %.

Inondations des rivières

Une augmentation de la température entraînera plus régulièrement d’abondantes précipitations, et les rivières sortiront plus souvent de leur lit. Cet effet sera le plus prononcé en Europe de l’ouest et en Grande-Bretagne, tandis que le nord de l'Europe aurait moins à pâtir de l'inondation des rivières (car la saison des neiges serait plus courte).

Inondations de mer

Comme on le sait, une augmentation générale de la température entraîne la fonte de la calotte glacière et donc une hausse du niveau de la mer. Le nombre de personnes habitant dans des zones menacées par les inondations pourrait s’élever à plusieurs millions. Les dégâts économiques (et humains) potentiels seraient dès lors importants. Selon le rapport PESETA, la construction de digues et la prise de mesures comparables pourraient dans une large mesure éviter les conséquences économiques et humaines d’une augmentation du niveau des mers.

Tourisme

Une augmentation limitée de la température stimulerait le développement du tourisme dans la majorité des pays européens. À plus long terme (2080), le centre de gravité touristique se déplacerait du pourtour méditerranéen à d’autres parties de l’UE, entraînant un bilan légèrement positif pour l'ensemble du secteur touristique.

Problèmes de santé

En 2003, plus de 10.000 personnes, essentiellement âgées, sont mortes lors de la vague de chaleur qui a touché la France pendant deux semaines. Ce type d’événement pourrait survenir plus fréquemment en raison du réchauffement de la planète. À l’opposé, le nombre de décès dus au froid diminuerait probablement considérablement. Une nouvelle fois, le bilan est globalement positif pour les pays du nord et négatif pour les pays méditerranéens.

L’impact le plus fort hors UE

Une première constatation est que le bilan économique est globalement positif pour les pays du nord, alors que ce sont les pays du sud qui seront le plus durement touchés. La deuxième constatation est que les conséquences économiques du réchauffement climatique en Europe se révèlent somme toute moins graves qu'on ne s'y attendait. Le diagramme suivant résume la perte de prospérité globale dans le scénario le plus pessimiste, soit un réchauffement de 5,4 degrés Celsius d’ici 2080. Pour l’ensemble de l’UE, la perte de prospérité annuelle reste limitée à moins de 1 %.

Impact sur la prospérité (perte annuelle de croissance économique)

impact

Source : PESETA, 2009

La principale raison qui devrait nous inciter à prendre des mesures pour lutter contre le changement climatique est extra-européenne. Le réchauffement climatique va en effet toucher beaucoup plus durement les pays plus pauvres. Plusieurs raisons expliquent cette situation :

Moins de possibilités d’adaptation

Les moyens des pays pauvres étant beaucoup plus limités, leur adaptation aux conditions changeantes sera plus difficile. Si les Pays-Bas possèdent les moyens de construire des digues supplémentaires, ce n’est pas le cas d’un pays comme le Bangladesh. La baisse de la production agricole n’entraînera pas de famine à grande échelle en Espagne, mais pourrait le faire dans les pays en voie de développement, où une part bien plus importante de la population vit de l’agriculture. Le nombre de morts provoqué par ouragan est presque toujours plus élevé dans un pays comme Haïti que dans le sud-ouest des États-Unis. Et la liste est longue.

Impact plus important

Indépendamment du fait que l’Europe de l’ouest a les reins plus solide pour encaisser un sinistre d’un milliard d’euros qu’un pays africain, les dégâts en chiffres absolus seront en règle générale plus importants dans les pays pauvres. Le réchauffement climatique entraînerait une baisse de la production alimentaire plus importante dans les pays en voie de développement que dans les pays occidentaux. C’est la conclusion d’une étude publiée par l'International Food Policy Research Institute (IFPRI). Elle s'applique à tous les scénarii possibles étudiés. Dans le futur, il est probable que des maladies comme la malaria ou la fièvre rouge se propageront plus facilement et dans des zones plus étendues dans les pays pauvres. Les scientifiques prévoient une augmentation du nombre de catastrophes naturelles dues au réchauffement de la planète. Une fois encore, ce sont les régions tropicales qui seront probablement touchées le plus durement.

Tout cela fait que le nombre de décès prévu est, sans surprise, bien plus élevé dans les régions pauvres. Le graphique suivant établi par l’OMS représente les régions le plus durement touchées par le réchauffement en 2000. La forte corrélation entre le PIB par habitant et le nombre de décès dus au changement climatique est saisissante. Pour 2050, les prévisions sont dans l’ensemble comparables. Si aucune action n’est entreprise, les chiffres seront sans aucun doute bien plus élevés...

Mortalité due au changement climatique (par millions d’habitants)

sterfgevallen

Source : VKW Metena (www.metena.be)

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